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Anthropologie visuelle et techniques du corps

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Le corps au travail

 

Aucun extrait de film dans ce chapitre

 

C) L’approche filmique

2. Méthodologie

2.3. Relations avec les personnes filmées

Au cours de son enquête de terrain, l’anthropologue-cinéaste doit avant tout accorder une grande importance à son insertion auprès des personnes qu’il souhaite étudier et filmer. Il s’agit en premier lieu d’être accepté et de faire comprendre l’intérêt de son projet de recherche qu’il mène avec la caméra.

C’est ainsi que se créent des relations de coopération entre le chercheur et les personnes filmées. Celles-ci prennent progressivement conscience que le l’anthropologue-cinéaste accompli un véritable travail, et que ses outils sont des moyens de connaissance et de transmission de leur mode d’être et de penser.

Signalons au passage que l'observation cinématographique a ceci de particulier, par opposition à l'observation directe, qu'elle apparaît davantage aux personnes filmées comme un travail, requérant de la part de celui qui s'y livre un ensemble déterminé de gestes et d'outils, ainsi qu'un effort physique aisément constatable.xii

2.3. Relations avec les personnes filmées (suite)

La première forme de coopération entre l’anthropologue-cinéaste et les personnes filmées consiste dans le partage de l’espace.

En anthropologie, la plupart des observateurs cinéastes occupent le milieu d'action des personnes observées et ces dernières savent qu'elles sont filmées. La caméra, loin de se cacher, s'insère, avec celui qui l'emploie comme outil d'investigation, dans leur vie quotidienne ou cérémonielle. Le milieu qu'observe le cinéaste (milieu observé) et celui où il se place (milieu d'observation) forment un seul et même territoire, dont chaque partie est utilisée, tantôt par les personnes observées, tantôt par le cinéaste. xiii

Le partage de l’espace et la coopération entre corps filmant et corps filmée peut aller jusqu’à transgresser les règles qui gouvernent les relations de « proxémie » (Chap. B/1.3) « existant entre les personnes dans toute situation de la vie quotidienne ou cérémonielle. De telles transgressions sont inconcevables au cours de l’observation directe » xiv.
De même, la caméra est parfois autorisée à occuper des espaces qui seraient interdits au chercheur non cinéaste.

2.3. Relations avec les personnes filmées (suite)

La qualité de la relation avec les personnes filmées joue donc un rôle essentiel dans la manière d’appréhender la réalité. Cela permet notamment à l’anthropologue-cinéaste de mettre en place une démarche appropriée pour réduire les effets de la profilmie, entendue comme une forme d’auto-mise en scène non souhaitée par l’ethnologue, car engendrée par sa propre présence.

Il faut toutefois considérer que des comportements des protagonistes de l’enquête engendrés par la présence du chercheur, ainsi que de la caméra qu’il utilise, peuvent être un facteur de connaissance pour la recherche. Et cela concerne non seulement les entretiens filmés, qui sont volontairement suscités pour obtenir des informations, mais aussi tout autre comportement profilmique, puisqu’il n’est jamais neutre, mais surgit en relation aux traits culturels de la personne qui le met en acte.

En effet, la caméra remplit un rôle créateur et novateur. Pour J. Rouch, par exemple, la création et l'innovation concernent non seulement la mise en scène, mais également l'auto-mise en scène. La simple présence de la caméra modifie l'action des enquêtés, en en faisant surgir certains éléments et aspects qui, sans elle, n'apparaîtraient pas.xv

2.3. Relations avec les personnes filmées (suite)

Tout en revêtant des aspects bien différents, la coopération avec les personnes filmées demeure au centre de l’enquête filmique.

Signalons également que, en raison même du principe selon lequel le respect de l’autre est essentiel au sein de la relation filmant-filmé, le chercheur est parfois conduit à ne pouvoir diffuser ses résultats, les personnes filmées ne souhaitant pas qu’ils soient connus de tous.

Il s’agit heureusement de cas isolés. Bien au contraire, le plus souvent les personnes filmées partagent avec l’anthropologue-cinéaste le sentiment que le cinéma favorise la transmission de leurs savoir-faire et savoir-être.

C’est pourquoi, en anthropologie visuelle la relation filmant/filmé, dans les différentes formes qu’elles peut prendre, fait partie intégrante du film. Ainsi, tout film ethnographique est le résultat de la rencontre entre l’auto-mise en scène des personnes filmées et la mise en scène de l’anthropologue-cinéaste.