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Anthropologie visuelle et techniques du corps

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Le corps au travail

 

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Liste des extraits de ce chapitre

B) Le corps au travail

4. Coopération entre les corps au travail

L’étude filmique des techniques, matérielles, corporelles ou rituelles, inclut nécessairement celle des formes de coopération entre les agents, qui se traduisent en relations de proximité et agencements nécessaires des gestes des coopérants.

Pour qui aborde le réel par le biais de cet outil d'investigation et de présentation qu'est l'image filmique, le social est avant tout un continuum de coopération entre les hommes, quelles que soient sa fonction, sa signification, sa valeur. La forme concrète, sensible - ou quasi sensible - de ce social se confond avec le technique, continuum de gestes, d'actions matérielles, de rites inscrits dans un milieu constamment observable et présentable par l'image. La coopération concrète repose sur une relation triangulaire permanente, d'une part entre les hommes (HH), d'autre part entre l'homme et le milieu (H-M), représentable par le schéma classique :

H H
 
 M 

L'utilisation du film, grâce aux images que l'on construit, puis que l'on analyse, incite le chercheur à tenir compte de l'indissociabilité des trois termes de cette relation.i

4. Coopération entre les corps au travail (suite)

Autrement dit, l'utilisation de l'image fait bien apparaître que la coopération concrète entre les hommes ne peut se passer de son enracinement dans le milieu, de même que la relation de l'homme avec le milieu passe nécessairement par la coopération avec d'autres hommes. ii

De même que pour l’analyse des articulations spatiales (voir B) 3.1. p. 3) et temporelles (voir B) 3.2. p.2) des activités, toute coopération matérielle entre les agents peut être considérée comme une série d’enchaînements gestuels et de parcours nécessaires à l’accomplissement du travail.

La coopération peut s’accomplir dans la simultanéité temporelle ou dans la succession.

Un exemple de coopération dans la simultanéité est celui qui s’effectue au moment de soulever la pierre pour le travail de pressurage dans la vinification traditionnelle aux îles Éoliennes, filmée par Silvia Paggi, le moment le plus sensible et le plus caractéristique de ce savoir-faire.

4. Coopération entre les corps au travail (suite)

Ici exécutée par deux personnes, chacune œuvrant sur l’un des deux longs bâtons actionnant le treuil qui soulève la pierre, cette tâche était traditionnellement accomplie par un seul homme. La technique du corps que l’agent déploie à cette fin exige une grande force de même qu’une grande capacité de coordination des mouvements. La tâche est lourde car le poids de la pierre à soulever est important. Une fois suspendue, celle-ci fait pression sur la poutre, laquelle, à son tour, s’appuie sur les bois qui tassent le raisin rassemblé dans le bassin supérieur. Les outils utilisés doivent être maniés avec précaution pour ne pas casser l’ensemble du mécanisme. Ce type d’accident a, dans le temps, provoqué la mort de plusieurs vinificateurs. Postures et gestes techniques sont donc coordonnés dans le moindre détail. L’entente entre les deux ouvriers doit être parfaite.

Le visionnement réitéré des enregistrements filmiques de la recherche de terrain de Silvia Paggi a révélé une uniformité de rythmes et de gestes - d’une fois sur l’autre et dans des situations différentes - tout à fait remarquable.

Voir l’extrait "pressurage" en entier.

4. Coopération entre les corps au travail (suite)

Un autre exemple de coopération dans la simultanéité est celui du travail des Laveuses filmées par Claudine de France, où les deux femmes exécutent une gestuelle précise dans la simultanéité afin de tordre un drap qui vient d’être lavé dans la rivière.

Le travail en coopération de deux corps rythmé par la succession immédiate se trouve  illustré dans les extraits filmés par Pierre-L. Jordan à Vanuatu portant sur le travail de sciage du bambou ou de filtrage du kava, boisson rituelle.

Les chaînes de coopération technique dans la succession temporelle peuvent se développer sur un large espace pour un travail effectué par plusieurs agents.

Dans le processus e vinification traditionnelle aux îles Eoliennes, par exemple, de véritables chaînes de coopération technique se mettent en place pendant les vendanges aussi bien que dans le cellier. Lors du transport des corbeilles remplies de raisin, la concaténation spatiale recouvre un très large espace, et la coopération entre les agents est entrecoupée par des trajets les reliant.

4. Coopération entre les corps au travail (suite)

Lors de la mise du moût dans les tonneaux, à l’intérieur du cellier, le même schéma de coopération se met en place, mais la chaîne spatiale est ici entièrement et immédiatement observable, car l’espace concerné est beaucoup plus limité. Chaque agent accompli une tache bien précise de la chaîne technique nécessaire à l’exécution de cette phase de la vinification.

Un autre exemple de chaîne de coopération technique dans la succession lors du transport avec des seaux est celui de l’extrait du film de Florian Geyer Soufre, en Indonésie.

Un exemple qui montre une longue et complexe chaîne de coopération entre plusieurs agents, femmes et hommes, et dans plusieurs espace de travail, est celle des phases de dégraissage, nickelage, et argentage des plateaux, du film Hommes et objets de la dinanderie de Fes-Ovales de Baptiste Buob.

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